Yves SIMONE, célèbre guide au chapeau atypique nous emmène au jardin public. il déambule entres les arbres et les statues en nous racontant l’histoire de ces allées verdoyantes.

«BORDEAUX aura, après les Tuileries, le plus beau jardin qu’il y ait en aucune ville du royaume» Louis-Urbain Aubert, marquis de Tourny.
La création du Jardin Public envisagée par Tourny dès 1746 répondait au besoin de créer de vastes promenades, d’embellir la ville mais également de relier Bordeaux aux quartiers des Chartrons et à Saint-Seurin.

Après de laborieuses transactions pour l’acquisition des terrains, les travaux ne commencèrent qu’en 1751. Il fallait remblayer, niveler le lieu quelque peu marécageux, occupé par de mauvaises vignes, de prés médiocres et des jardinages. Les terres qui servirent à rehausser le futur jardin arrivèrent de la place Dauphine (place Gambetta), alors en plein chantier d’aménagement et des ruines du Palais Gallien, que l’on s’efforçait de dégager.

Le dessin du Jardin voulu par Tourny est l’œuvre de Gabriel (architecte de la place de la Bourse). Il n’en reste rien mais, il est connu par des gravures : huit parterres symétriquement disposés de chaque côté d’une allée centrale, dont le milieu était orné d’une pièce d’eau circulaire. Des rangées de tilleuls (881) et d’ormeaux (415) encadraient les parterres. Ces arbres étaient taillés en boule, en éventail, en portique, en berceaux alors que les plates-bandes étaient ornées de buis taillés, de lauriers, de thyms et de fleurs variées selon les saisons.
Ce plan était donc celui d’un jardin à la française dans l’esprit des Lumières. Au sud, (côté Orangerie) une terrasse destinée à contempler les parterres est toujours présente. On y installa des portiques, qui sont encore sous nos yeux, destinés à abriter les promeneurs. Il n’en est pas de même pour le manège d’équitation affecté aux exercices pour les cavaliers. Situé sur l’emplacement de l’actuelle rue d’Aviau, il ne subsiste que la façade qui a été transportée rue Judaïque, devant la piscine, qui elle date des années 30 !

La clôture du Jardin était constituée de grilles percées de portails en ferronnerie que l’on peut toujours admirer.
Le Jardin, appelé « Jardin Royal » fut inauguré en 1756 et devint très vite lieu de rendez-vous et de promenades des négociants, de l’aristocratie et de la bourgeoisie bordelaise mais, il était interdit au petit peuple et aux mendiants.
La Révolution, l’Empire ruinèrent le jardin et après plusieurs décennies de négligence et d’abandon, c’est finalement en 1856 que la municipalité d’Antoine Gautier décide de restaurer le Jardin Public et de le métamorphoser en un jardin à l’anglaise : les allées droites vont devenir sinueuses, des arbres d’essences variées et exotiques vont peupler le nouvel espace.
Pour financer les travaux d’aménagement et de construction, on amputa le parc d’une bande de terrain qui sera lotie et deviendra la rue d’Aviau. A ces fins, obligation fut faite aux propriétaires d’adopter un même style, côté jardin, celui du XVIIIe siècle, revisité par l’architecte de la ville, Charles Burguet. C’est à cette occasion que l’on déplaça le portique du manège de l’école d’équitation.
C’est le même architecte qui construisit une serre de 90 mètres de long (détruite en 1930).
Le jardin de cette époque se devait d’être pédagogique aussi la municipalité fit aux serres, un Muséum d’Histoire Naturelle, un Jardin Botanique et une laiterie.

 

Dans le même esprit des statues aussi vont éduquer le public en lui présentant des peintres, sculpteurs, écrivains, savants… si possible bordelais.
Néanmoins, le jardin conserve sa vocation initiale en restant un lieu d’agrément avec ses accessoires pittoresques, sa rivière serpentine, sa cascade, ses îles, son kiosque à musique (disparu), ses deux petits ponts, des poissons, des canards, des cygnes, des gardiens et… le Petit Mousse qui navigue dans le jardin en 1893.
Véritable « poumon vert de Bordeaux », le Jardin Public, dans son style et son esprit de la fin du XIXe siècle demeure le lieu des promenade champêtres, pour les Bordelais et les touristes d’aujourd’hui. Merci M. de Tourny !

Reportage photo : Jérémy Denon

 

Commenter

Le jardin public